Face à la multiplication des cyberattaques et au retard de transposition de la directive NIS 2, la France fait face à un enjeu majeur de souveraineté. Dans une tribune publiée dans Le Monde, Vanina Paoli-Gagin, Marie-Agnès Poussier-Winsback et François Verryden (fondateur de Skyfall Protection) dénoncent le blocage du projet de loi cybersécurité et appellent à une réaction immédiate pour protéger nos infrastructures.
Ce 26 août 2026, un collectif d’élus, d’experts et d’acteurs de la cybersécurité ont rassemblé leurs voix pour dénoncer le retard stratégique de la France face à la cybercriminalité. Cette tribune parue dans Le Monde, initiée et cosignée par Skyfall Protection, invite le gouvernement à prendre la mesure de la menace, bien réelle, qui pèse sur l’écosystème national.
Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir qui sera visé, mais quand. Pourtant, le cadre réglementaire peine à s’imposer sur le terrain, laissant des milliers d’organisations démunies face aux risques de cyberattaques.
Directive NIS 2 et retard français : le constat d’un risque systémique
Alors que l’échéance européenne de transposition de la directive NIS2 était fixée en octobre 2024, près de deux ans plus tard, le projet de loi permettant cette transposition dort dans un tiroir. Les conséquences de ce retard sont alarmantes : les vols de données se poursuivent et impactent l’État lui-même, à l’instar de l’attaque contre la Direction Générale des Finances Publiques (DGFiP) survenue cet été.
Cette cyberattaque n’est pas un cas isolé. Ces dernières années, la DGFiP a subi plusieurs intrusions majeures, passant de 2 569 attaques recensées en 2023 à près de 7 000 en 2025. D’autres instances gouvernementales ont également été ciblées par les cybercriminels, comme le Ministère de l’Intérieur ou le Ministère de l’Education Nationale. Des attaques aux conséquences lourdes pour les institutions, entraînant la fuite massive d’informations sensibles et la paralysie temporaire de services administratifs essentiels.
L’industrialisation des cyberattaques dopée par l’intelligence artificielle
L’absence d’application de la directive NIS 2 intervient à un moment critique où les cyberattaques changent d’échelle. Forts de l’utilisation de l’intelligence artificielle, les cybercriminels peuvent désormais automatiser et lancer des cyberattaques simultanées contre des centaines.
- – Des infrastructures critiques ciblées : Les attaques par ransomware et les fuites de données touchent de plein fouet les hôpitaux, les mairies et les services de l’État.
- – Une menace pour l’écosystème français : Sans la mise en conformité et la sécurisation prévues par la directive NIS 2, le désordre causé par les cyberattaques affaiblit la stabilité des organisations, tant dans le secteur privé que public.

Ces menaces nouvelle génération générées par l’utilisation de l’intelligence artificielle inquiètent jusqu’au cœur de la Silicon Valley. Les géants de la tech eux-mêmes sont pleinement conscients de cette escalade : dans un appel inédit, plus de 100 entreprises majeures du secteur jugent désormais nécessaire une réponse mondiale pour freiner les cyberattaques amplifiées par l’IA.
Les conséquences concrètes des cyberattaques pour les organisations
Certes, le cadrage général est connu : les seuils théoriques de NIS 2 sont aujourd’hui bien documentés par les experts de l’écosystème. En revanche, le retard législatif crée trois difficultés majeures sur le terrain :
- – L’incertitude sur la sous-traitance et la chaîne de valeur : Si les grands groupes et les entités publiques connaissent leur statut, le flou persiste pour les sous-traitants, prestataires et PME partenaires. Beaucoup ignorent encore qu’ils seront entraînés dans le périmètre par ricochet via les exigences de sécurité de leurs donneurs d’ordres.
- – L’absence de décrets d’application précis : Connaître les grands principes ne suffit pas. Sans les textes d’application définitifs, les organisations peinent à calibrer précisément les mesures techniques obligatoires, le niveau de contrôle exigé et les budgets associés.
- – Une attente qui profite aux criminels : Ne sachant pas exactement quoi faire ni quand le faire, de nombreuses structures sont dans l’impasse. Les cybercriminels, eux, exploitent ces incertitudes et ne suspendent pas leurs offensives.
Prévenir les cyberattaques : un enjeu de souveraineté et de cohésion nationale
Pour les signataires du texte, la cybersécurité ne doit plus être abordée sous un angle purement réglementaire ou budgétaire, mais comme un pilier de la cohésion nationale.
L’incertitude juridique actuelle pénalise les entités qui doivent anticiper leurs obligations de sécurité. Bâtir une protection solide contre les cyberattaques en s’appuyant sur l’écosystème cyber français et accélérer la transposition de la directive NIS 2 constituent la seule voie pour prémunir les organisations françaises contre les risques de paralysie et d’extorsion massive.
Faire confiance à l’écosystème cyber français privé
C’est le message central de la tribune publiée dans Le Monde : l’État et l’ANSSI, déjà très sollicitée, ne pourront pas accompagner individuellement chaque entreprise. La réponse viendra des experts privés, capables d’apporter de la clarté, d’aider au cadrage et de fournir des solutions souveraines immédiatement opérationnelles.
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